Scandales autour de la Francophonie … ou comment tuer les bonnes initiatives dans l’œuf.

concertHier, mercredi 16 novembre, devant l’entrée du stade à Mahamasina, j’étais au concours « Musiques d’Afrique / concert intergénérationnel » organisé dans le cadre de la francophonie. Le concept était beau: trouver les révélations de la nouvelle génération de chanteurs et musiciens malgache. Si les prestations étaient d’un très bon niveau, l’ambiance dans le public m’avait fortement interpellé.

Depuis quelques jours/semaines/mois … on entend dans les rues de tana toutes les insultes possibles à l’encontre de la francophonie. J’avoue j’étais assez imperméable à tout cela depuis le début, jugeant ces débats inintéressants. Mais une conversation que j’ai entendue dans le public ce jour-là m’avait choqué.

(traduit en français)
MONSIEUR AIGRI:  On n’en a pas besoin de cette francophonie, c’est une forme de colonisation.
JEUNE TOUT CALME: Ce n’est pas à moi que vous devez dire ça. Allez au village et discutez directement avec les concernés
MONSIEUR AIGRI: Jamais je ne mettrais les pieds là bas!!!!
JEUNE TOUT CALME: Moi je vais y aller. Mais je ne vais pas passer le message pour vous.
Monsieur aigri s’en est allé, dos recourbé, le cœur encore rempli de haine mais ne savant plus trop comment les justifier.

Voilà donc à quoi se résume la francophonie? Une occasion de faire remonter toutes nos haines même si on ne sait pas vraiment comment les justifier?

Je ne prendrais pas part au débat sur l’aspect « nouvelle forme de colonisation », sur les îles éparses et tout le reste. Mais je veux juste pointer du doigt un des effets néfastes de ces débats: les bonnes initiatives sont noyées dans cette haine.

Franchement, la scène d’hier était juste exceptionnelle. Rapo Atlas, Judh Gasy, Baba Raprosy, Zazasoa … quelqu’un connait ces groupes? Ce ne sont pas des groupes mainstream et pourtant ils en jettent. Leurs performances, leurs identités, leurs créativités … tout était bien dans la programmation. Et depuis dagofestival, j’ai vraiment un faible pour le groupe Zazasoa. Je suis content qu’ils puissent enchaîner les scènes (à force d’expérience, la chanteuse finira par améliorer son jeu de scène pour l’instant encore peu coloré).

Le public était surtout composé des enfants de la rue. Ils ont vraiment kiffé. Dansant au rythme des différentes mélodies traditionnelles malgaches.

Sans se voiler la face, on ne peut pas dire que le public était venu en masse (le rallye avait attiré beaucoup plus de monde). Il y avait bien des curieux qui passaient par là, qui sortaient de leurs voiture et commençaient à apprécier. Mais en voyant le logo de la francophonie sur le devant de la scène … ils repartaient aussitôt traînant derrière eux une honte bizarre comme s’ils ne voulaient pas être vus là. Mais quelle honte peut-on avoir à apprécier des groupes malgaches qui sont extrêmement talentueux?

L’aura sombre qu’on a jetée sur la francophonie détruit tout.francophonie


LES FAUTIFS?

Les Malgaches: Quand on parle « France » on pense souvent grève, quand on parle « Chine » on pense produits de piètre qualité, quand on parle « Belge » on pense intelligence pas développée … ce sont des clichés. Mais à l’avenir, je suis sûr que quand on parlera de « Madagascar » on pensera « jamais content ». Les malgaches ont pris cette fâcheuse habitude de fustiger tout ce qui se présente à eux. Liberté d’expression? Mon postérieur, ouais! Il ne faut plus prendre cette excuse pour dire tout et n’importe quoi. C’est lassant.

J’aime faire cette analogie avec le cinéma (parce que c’est un domaine que je connais et donc je suis sûr de ne pas me tromper). J’adore vraiment lire les critiques des spectateurs car on tombe très souvent sur des critiques vide de sens, mais remplie de haine: « Film nul, histoire inexistante, j’ai perdu deux heures de ma vie, réalisation bancale … ». C’est quoi un film nul? C’est quoi une histoire inexistante? C’est quoi perdre deux heures de sa vie? C’est quoi une réalisation bancale? … L’auteur de ces critiques lui-même ne pourrait pas répondre à cela.

En fait ils ont confondu « mauvais film » et « film que je n’aime pas ». Moi je n’aime pas Titanic … jamais je ne dirais que c’est un mauvais film et jamais je n’essayerai de convaincre quelqu’un que c’est un mauvais film. D’un autre côté, j’aime Step-up 2 … mais jamais je n’essayerais de débattre sur le fait que c’est un bon film, c’est perdu d’avance.

Et il nous arrive la même chose, à nous les Malgaches. Nous avons confondu « mauvais » et « je n’aime pas ». Pour pouvoir faire une bonne critique dans n’importe quel domaine, il faut d’abord apprendre à différencier ces deux notions. Une personne qui n’aime pas la pomme … il serait con de vouloir prouver que la pomme est mauvaise. Con de vouloir se battre pour l’éradication de la pomme.

Une critique vide est trop facilement démontable. C’est pour cela que la majorité des débats malgaches n’aboutissent à rien. Les insultes sur la page de la francophonie n’ont aucune portée, car sont trop facilement démontables. Par contre, avancez des arguments intelligents et vous verrez … l’attention se portera automatiquement sur vous. Ces problèmes nous les connaissons déjà tous. Mais nous les formulons toujours de manière … conne … que personne n’y prête attention.

La francophonie: Sans entrer dans les bruits de coulisses, il faut aussi dire qu’il y a une grande part de responsabilité des organisateurs dans ce brouhaha incompréhensible de critiques. La francophonie a un programme vraiment très riche qu’il est normalement impossible à critiquer. Ses actions au niveau de la culture sont louables et méritent d’être soutenues. Mais encore une fois on est à Madagascar, les gens ne retiennent que les faux pas et les échecs (ils se délectent même de ça).

Comme grand faux pas au niveau de la culture il y a eu cette mascarade de dépense pour un événement qui est perméable à toutes les critiques: « kopi kolé » … En faisant cela, ils ont laissé un papier blanc sur leur front où on pouvait écrire « promoteur de la culture de copie ». Je ne suis vraiment pas d’accord avec cette émission qui vise à promouvoir une personne dont le talent est de copier le talent des autres. Il y a tant de groupes malgaches qui méritent une reconnaissance. On les trouve dans les recoins de chaque quartier, dans les villages, dans les autres villes de Madagascar … cherchant un moyen de pouvoir se faire connaître, se battant pour pouvoir se produire sur une petite scène … et on entend subitement qu’une personne parvient à aller en France sans donner une once d’originalité dans la création. Avouez que c’est top facilement critiquable.

L’humilité est aussi un atout qui n’a pas été présenté aux Malgaches assez tôt. Les dépenses faramineuses ont été divulguées. Contrastant inévitablement au niveau de vie des malgaches. Pour le coup, je comprends ceux qui disent que la moitié de ce budget aurait suffi à régler certains problèmes de notre quotidien.

Puis on avance les retombées économiques pour Madagascar …
Je ne pense plus que parler d’argent directement aux malgaches puisse encore fonctionner. Les promesses économiques sont des placebos qu’on fait avaler aux gens. Ces gens qui savent pertinemment que les recettes de ce sommet iront dans les poches des grandes entreprises.
« Tu travailles pour la francophonie? Tu dois être blindé maintenant alors, non? » Cette phrase ressort très souvent autour de nous.

Ce besoin constant d’argent est ce qui nuit le plus à notre pays. Donnez-leur 10.000 Ar ils seront content et penseront pouvoir avoir 20.000 Ar la prochaine fois. Et s’ils continuent d’avoir 10.000 Ar ils crieront à l’injustice.

Je suis en train de me demander si l’avancée économique n’a pas déjà été atteinte à un certain moment à Madagascar. Mais nous avons changé nos repères au fur et à mesure en demandant toujours plus, en voulant toujours plus … que finalement on ait cette impression de ne pas être riche. Est-ce que ces personnes qui ont des tablettes, ordinateurs, voitures, smartphones … sont aussi pauvres qu’ils l’étaient 15 ou 20 ans plus tôt? Je fais surement un raccourci, mais tout ce que je veux dire c’est que l’argent ne peut plus être la solution à Madagascar.

Il faudrait plutôt insister sur le savoir et la valeur de la culture malgache. Et justement, croyez-le ou non, la francophonie a des programmes pour cela.

Allez … ne faites pas votre mauvaise langue … vous savez qu’il y a des projets qui sont vraiment intéressants … il suffit d’enlever ces lunettes teintées de haines pour les voir.

D’un côté, la francophonie s’obstine aussi à étaler plus ses moyens que ses actions. On voit plus de panneaux géants que d’explications sur ce qu’est réellement le programme « libre ensemble » par exemple.

L’Etat: A Madagascar, je n’ai pas le souvenir d’une quelconque communication efficace de la part de l’Etat.

Le seul truc qui m’excitait dans la politique, depuis ma jeunesse, c’est ce que m’a véhiculé le cinéma. Dans les thrillers politiques, le moment que j’aimais le plus c’était la séquence où le président et ses conseillers faisaient une grosse réunion pour décider de ce qui devait être dit aux gens lors d’une crise.

J’étais loin de me douter que la vie réelle est bien loin de la fiction. La politique à Madagascar semble vouloir rester dans une bulle percée de trou dont seules les rumeurs peuvent filtrer. Cette stratégie que tous semblent adopter provoque un sentiment de « secret d’Etat » que seuls les gens en hauts lieux ont le droit de comprendre. Bien sûr, les secrets d’Etat existent partout dans le monde … mais chez nous tout, vraiment tout semble être secret.

Dernièrement, on entend partout dans la ville que l’Etat va interdire la circulation des deux roues et des charrettes pendant le sommet.

Désolé pour les détraqueurs mais personnellement je trouve cette annonce logique. On le sait tous, c’est même une des solutions à l’embouteillage dans les rues de tana. Outre la limitation des voitures circulants dans nos rues … mais ça, il faut encore attendre un autre événement pour qu’ils le comprennent. En attendant ils ne sont pas prêts de freiner ce business et veulent même rajouter des 4×4 … bref.

Tout ça pour dire que les mesures prises ont un sens et peuvent vraiment marcher … mais je trouve dommage que l’Etat ne communique pas d’avantage sur cela. Pensent-ils poursuivre cette mesure que ce ne soit pas juste pour la francophonie mais pour les tananariviens? N’ont-ils aucune idée sur l’avenir de ce projet? … Je ne sais pas.

En tout cas, il y a trop de non-dits au niveau de l’Etat. Ce qui est loin d’apaiser la colère de la population. Il ne faut pas garder la population dans l’ignorance. Certains diront que c’est une bonne méthode de manipulation … mais je trouve cela trop risqué.

Et en parlant de manipulation …

Les médias: Les médias sont vraiment puissants à Madagascar. C’est malheureux …

Pourquoi je dis que c’est malheureux? Parce que nos médias se trompent trop souvent de vision.

Je regrette vraiment l’inexistence d’un média 100% culturel à Madagascar. Je ne parle pas ici des pages facebook ou des magazines qui ont vraiment ce mérite d’être des promoteurs de la culture. Non, je parle ici des quotidiens que les Malgaches lisent quotidiennement. Dans la majorité des cas, les gros titres se tournent toujours vers la politique, les ragots, les faits divers.

J’aimerais que les journalistes accordent autant d’importances à la culture qu’aux scandales politiques. Certains me diront que ça ne fait pas vendre! La faute à qui? Les médias jouent aussi le rôle d’éducateur. Ils ont longtemps éduqué les malgaches à lire les derniers épisodes de la vie tumultueuse de nos politiciens plutôt que les efforts faits dans la culture. A l’exception de certains journaux, je trouve vraiment qu’il y a un mépris qu’on accorde à la culture à Madagascar.

Donc au lieu de sortir des critiques à longueur de journée sur les dessous de ces francophonies ils pourraient … je ne sais pas moi … consacrer davantage leurs efforts sur la culture positive qui émerge à Madagascar. L’un et l’autre étant liés en ce moment. En voulant être patriotes, certains ignorent ce qui fait vraiment la richesse de Madagascar.

Les gens de la culture à Madagascar l’ont compris depuis un certain temps. Il ne faut pas trop compter sur les médias pour promouvoir cette richesse. Mais ils ne se découragent pas et continuent de faire leur trucs en espérant de pouvoir quand même sensibiliser les spectateurs tout en court-circuitant ces canaux de communications habituels qui ne leurs ouvrent pas les portes. Sans nommer les concernés, il y a quand même ces médias qui déploient beaucoup de moyens pour la culture. Ils le font parce qu’ils savent le faire? Ou ils le font parce qu’ils peuvent le faire? Ou ils le font parce qu’ils veulent le faire? Je ne sais pas, tout ce que je sais c’est que je suis content de lire ces pages entre deux ragots politiques.

Malheureusement, les Malgaches fonctionnent par effet de mode. Il semblerait que ça soit une honte pour un malgache d’être dans une conversation qu’il ne comprend pas. Et ce qu’on comprend le plus en ce moment c’est que la francophonie est le maaaaaaal. Du coup tout le monde se rue sur ces ragots, ne voulant pas être « celui qui n’a pas d’avis sur l’avenir de son propre pays » ou « celui qui s’en fout de ses racines et qui devrait plutôt vivre avec ses amis étrangers » …

Ces jeunes démunis qui regardent un concert gratuit dans les rues de tana sont autant patriotes que ces critiqueurs qui balancent leurs avis sur les réseaux sociaux. Quoi? j’en fais partie? Oui … mais moi j’étais au concert NA.


CONCLUSION

A vrai dire, je pense que tout le monde est responsable de cet aura sombre qui plane sur la francophonie en ce moment.

D’ailleurs, ce sommet … on a-t-on vraiment besoin? Oui, mais on n’a pas besoin de tous ces scandales de part et d’autre (des Malgaches comme des membres de la francophonie comme de l’Etat).

Le jour où le malgache comprendra que ses actes peuvent avoir un impact sur le pays. Le jour où l’Etat comprendra qu’il ne vit pas seul dans notre île. Le jour où les étrangers comprendront que Madagascar n’est pas une tirelire. Le jour où les médias comprendront que les scandales ne doivent pas nourrir un peuple (d’ailleurs, petite parenthèse à ce sujet. N’avez-vous jamais remarqué que les Français soutiennent farouchement leurs artistes et sportifs? Même si ceux-ci ne sont pas sur le podium? Par contre, nous, nos artistes et sportifs on s’en fout royal, même s’ils ont été champions quelque part. J’aimerais, pour ce coup, que les Malgaches soient comme les Français) …

Ce jour-là on peut commencer à espérer pour un avenir meilleur dans notre île (qui me fait souvent chier mais que j’adore plus que tout)

En attendant … appréciez au lieu de critiquer. Il ne faut plus associer les bonnes initiatives à ces scandales puériles. En faisant cela, on entraîne aussi avec nous ceux qui ont vraiment une envie d’offrir et de faire quelque chose. Voilà ce qu’on peut faire à notre niveau … en attendant que les niveaux supérieurs se rendent compte aussi de leurs devoirs.

5 réflexions au sujet de « Scandales autour de la Francophonie … ou comment tuer les bonnes initiatives dans l’œuf. »

  1. Definir « Etat ». Je crois que vous avez mal compris le vrai sens de ce terme. D’où l’usage incorrect -et à plusieurs reprises- qui porte à confusion dans votre paragraphe portant sur « l’Etat ».

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