DAGO FESTIVAL: un festival engagé!

a5c37976-f46f-428c-8529-d6a770fac9f6Quel est le point commun entre les chanteurs, peintres, danseurs, poètes, photographes, vidéastes, musiciens, journalistes, producteurs ou même simple spectateur malgaches ? … tous sont partis d’un même constat global : la culture à Madagascar se perd.

Le collectif DagoTeamzara (littéralement et avec un jeu de mots : Madagascar qui aime partager) regroupe différentes personnalités issues du monde artistique et culturel à Madagascar. Tous ont la conviction que pour faire bouger les choses il ne faut plus subir, mais agir.

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L’équipe, lors de la conférence de presse au Carlton Anosy

LES CONSTATS

LA MUSIQUE
En ce moment, nous avons une définition de la culture musicale dictée par les « grandes institutions » et les chaînes de télévision. Aucun mal à cela me direz-vous ? Ça aurait dû être vraiment bénéfique si la machine ne marchait pas à l’envers. Le pouvoir n’appartient plus à ceux qui créent, mais plutôt ceux qui payent.

Le matraquage… voilà un des fléaux auquel le DagoTeamZara se bat. Définissant même ce fait comme étant une forme de corruption. Généralement, à Madagascar, pour passer son clip à la télévision on paye des droits faramineux. Logiquement cela a créé une sélection assez honteuse de la programmation musicale à la télévision. DagoTeamZara ne condamne pas ici les artistes qui ont trouvé ce moyen pour percer et devenir célèbres, mais plutôt le système qui s’est mis en place. Moins d’argent = moins de diffusions, sans tenir compte du contenu artistique proposé.

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Rajery, Mika, Rolf, Andry et X-Tah lors de la conférence sur le matraquage au carlton anosy

Les conséquences sont désastreuses. Le public qui ne peut plus voir autre chose que ce qui leur est proposé à la télévision et il se fait donc une définition erronée de la culture.

La langue malgache a donné une très belle traduction pour le mot « culture » : kolontsaina. Littéralement cela veut dire entretenir/développer l’esprit/l’intelligence. Les artistes ont défini le contraire de « kolontsaina » comme étant le « kolombody » (la culture par les fesses) ou encore le « kolombola » (La culture par l’argent).

L’ART PLASTIQUE
Encore plus mal que la musique, l’art plastique n’a pour le moment aucune scène d’expression vraiment viable. Aux vernissages il y a surtout les amis et familles venus soutenir l’artiste. Les mêmes têtes comme on dit. Faire une exposition c’est avant tout se prouver à soi-même qu’on peut faire des choses. Au-delà de la renommée nationale qui s’atteint vraiment très rarement… c’est avant tout une mise en confiance personnelle qu’on recherche. L’art n’a pas vraiment la cote à Madagascar.

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Tableaux exposés à Kantsa

Pourtant les artistes plasticiens existent à Madagascar. Vous voyez souvent leurs tableaux dans les rues, vendus dans des galeries de fortune installées à même le sol. Dans des magasins de souvenirs qui attirent les étrangers, mais, paradoxalement, repoussent les résidents. Dans des restaurants, relégués au rang de simple décoration de salle. Sur des pans de murs qui semblent porter l’étiquette de vandalisme ou de quartier mal fréquenté… Bref, l’art plastique est bien présent à Madagascar, mais reste coincé en underground sans pouvoir trouver le tremplin salvateur qui arrivera enfin à le révéler au grand jour.

LA LANGUE MALGACHE
Je vois déjà venir d’ici les rageux… Alors, pourquoi écrire votre article en français ? Pourquoi ne pas le faire intégralement en malgache ? Ah ! Et pourquoi ne pas dire « Malagasy » au lieu de malgache ? (Jamais compris cette polémique)

Alors une bonne fois pour toutes : j’applique la langue adéquate à la plateforme d’expression que j’utilise et cet article pourra avoir sa variante en malgache sur d’autres plateformes.

Ici il est question des fondamentaux de la vie d’un Malgache. À n’en citer que les papiers administratifs dont beaucoup ne sont pas encore traduits ou présentés en langue malgache. Nous sommes tous conscients qu’il y a une grande lacune dans l’enseignement à Madagascar. Déjà que le taux d’alphabétisation n’est pas vraiment notre fierté… si en plus nous excluons cette partie de la population de la vie administrative du pays… il ne leur restera plus grand-chose.

LES TERRES
Autre problème d’actualité : les terres malgaches. Ce problème se définit ironiquement par la variante de l’hymne national malgache, maintenant devenue célèbre : « Ry tanindrazanay karana ô ! Ry madagasikara sinoa »(Avouez que vous avez chantonné). En remplaçant deux mots dans les paroles, cette variante nous dit que Madagascar (les parcelles de terre) appartient aux Indiens et Chinois. Bien sûr, il ne faut pas généraliser… mais le constat est quand même sans appel. Le cliché qui demeure reste celui du paysan qui cultive tranquillement sa terre pour nourrir sa famille… jusqu’au jour où on lui dit qu’en fait cette terre ne lui appartient pas, mais est la propriété de… bref, tout le monde me suit ?

Chaque Malgache (oui je sais, je ne dis, jamais malagasy parce que… bon, qui dit english ?)… Chaque Malgache doit avoir une terre. Pour lui et pour sa descendance. Tanindrazana ho lasa taninjanaka (la terre de nos ancêtres sera la terre de nos enfants)

LA NATURE
On le sait tous, Madagascar est en train de perdre ses forêts. Le problème évident d’origine humaine ne pourra être réglé que par les Hommes eux-mêmes. Le reboisement est aussi au centre des préoccupations du collectif qui aimerait mettre en place l’adage « Un habitant, deux arbres ». Les reboisements collectifs n’ont jamais eu une efficacité réellement prouvée. La faute ? Le manque d’engagement des participants. Nous entendons souvent telle ou telle entreprise qui organise un reboisement collectif. Mais cela se présente plus comme un team building que comme une envie de sauver les terres.

Que celui qui sait vraiment ce qu’est devenu l’arbre qu’il a planté durant ces reboisements lève la main… Par contre, DagoTeamZara propose que chacun plante deux arbres : un arbre fruitier et un arbre médicinal. Pas besoin d’aller dans un endroit que vous ne visiterez qu’une fois dans l’année. En se renseignant auprès des divers ONG qui œuvrent pour l’environnement, on peut se procurer facilement ces plantes. Si cela se fait, les arbres deviendront vraiment précieux, car ils auront un réel attachement avec ceux qui l’ont planté.

Partant de ces constats et de bien d’autres encore (pourquoi les plaques rouges pour les voitures officielles de l’état ne sont plus en vigueur ? Pourquoi les monnaies en dessous de 100 ariary n’ont plus de valeurs ? … )
Le collectif a lancé le (roulement de tambour) DAGO FESTIVAL (clap clap)

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Présenté comme le premier festival des arts actuels de Madagascar, l’édition zéro s’est tenue durant 12 jours dans la ville d’Antananarivo.

Sa particularité ? Les sponsors officiels sont les artistes eux-mêmes. Des artistes qui sont restés dans l’ombre de cette culture de gavage qui est proposée aux spectateurs depuis fort longtemps. La programmation musicale de cette édition zéro était vraiment très riche, présentant des groupes que seuls les initiés avaient encore la chance de connaître. Le public qui est venu en masse avait eu la chance de connaître des musiques alternatives. Non, plutôt une alternative aux musiques qui leur sont proposées depuis toujours. Des surprises inédites comme Zazasoa, Angie, Masabao, NullyMem’s Family,… pour n’en citer qu’eux.

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Zazasoa, Loharano, Nomady et Christelle Ratri lors de l’ouverture du festival à l’Is’Art Galerie

Antananarivo a vibré aux sons des musiques créatives durant 12 jours. Allant du rap aux roots, en passant par le rock et le punk. Couvrant le Nord et le Sud de l’île… Nous avons bien vu qu’il y a une pléiade d’artistes réellement doués à Madagascar.

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Ils se sont défoulés sur les scènes du Dago festival. Des scènes qui n’avaient aucune banderole de sponsors accrochée dessus. À la place, par moment, il y avait des tableaux d’artistes.

En marge de cette programmation, il y avait aussi des formations. Car le collectif entend bien partager leurs connaissances. Ils n’ont surement pas les diplômes nécessaires pour être enseignants… mais ils ont tous un bagage important dans le milieu artistique et chacun est animé par l’envie de partager. Chacun est DagoTeamZara.

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Atelier sur le montage de projet culturel avec Hobisoa Raininoro et Michèle Rabenandrasana

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Atelier sur la régie son et le backline avec Miora Rabarisoa, Rybota et Noah Raoelina

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« être un musicien professionnel », conférence menée par Miora Rabarisoa et Nicomad

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Atelier sur l’écriture de scénario par Tsiory Razafimanantsoa

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Atelier sur la gestion des réseaux sociaux avec Harinjaka Ratozamanana, Andry Ravololonjatovo et Sahaza Marline

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Atelier sur l’écosystème de entrepreneuriat culturel avec Harinjaka Ratozamanana, Tahiana Raolona et Nicomad

 

Les ateliers avaient attiré des curieux et des passionnés. Des personnes qui se sont trouvé une nouvelle vocation.

Le plus grand point chaud de ce festival était surement la conférence sur le matraquage. Un débat qui a vu s’élever les voix des artistes ayant un ras-le-bol évident sur les effets du matraquage à la télévision. Sur fond de clips « kolombody » et « kolombola » diffusés en arrière plan. Un débat qui trouvera sûrement un plus grand écho lors de la première édition de ce festival qui sera organisée très prochainement.

Ce coup d’essai avait étonné tout le monde. Des jeunes qu’on ne voyait pas souvent dans le paysage médiatique malgache et qui ont pourtant réussi à organiser un aussi grand festival. Sans dévoiler les coulisses, on peut vous dire que toute l’organisation s’est faite grâce à la participation de tous les membres. Ils ont juste consacré leur temps, leur savoir, leurs équipements, leurs contacts… et voilà le résultat.

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La scène à Kantsa

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Le public de la scène de l’Université d’Antananarivo

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Les noctambules de la scène de l’Is’Art Galerie à Ampasanimalo

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Le public de la scène à l’ORTANA Antaninarenina

Ils n’avaient pas de scène pour s’exprimer… ils en ont construit un.

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Installations pour le « Revy Ery an-Kantsa »

L’aventure Dago Festival ne s’arrête pas là et compte bien conquérir tout Madagascar. Utopique ? Oui… comme le fait de réunir tant d’artistes qui ne sont motivés que par le partage de leur art.

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Moajia, le retour sur scène

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Des tableaux exposés sur scène, en lieu et place des habituelles banderoles publicitaires

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Naday, accordant sa guitare sur la scène de l’ORTANA, …

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… sous l’œil vigilant du régisseur plateau

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Angie sur la scène de l’Université d’Antananarivo

Prônant aussi la transparence, DagoTeamZara ne vous cache rien de ses intentions. Se basant surtout sur la participation de chacun, le collectif va lancer une collecte de fonds pour la première édition (qui restera gratuite pour les spectateurs). L’argent récolté ira principalement dans un projet d’équipement en sonorisation des « Tranompokonolona ». Vous vous souvenez ? Ces lieux gérés par la commune qui devraient être des lieux de spectacle bien accessibles. En équipant chacun des « tranompokonolona » dans chaque ville de Madagascar, les artistes désirant faire une tournée nationale auront par exemple un « refuge » pour s’exprimer librement et à moindre coût.

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DagoTeamZara préparant les dépliants

Alors, oui, le festival ne restera pas à Tana, mais se fera aussi dans les autres villes de Madagascar.

Vous l’aurez compris, DagoTeamZara n’est pas tendre et entend bien bousculer la société. Dire tout haut ce qui gêne dans la culture, court-circuiter le système actuel qui tend à devenir obsolète… Par contre, une chose que le collectif promet c’est de ne jamais tremper dans les affaires politiques et religieuses… deux notions qui sont bien trop éloignées de la culture.

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Installation de la scène de l’ORTANA à Antaninarenina

Il y a encore tant de choses à faire, tant de problèmes à soulever (pourquoi l’éducation civique n’est plus enseignée dans les écoles ? Pourquoi nos salles de cinéma sont devenues des églises… ). Le collectif, qui compte en ce moment une trentaine de membres, ouvre ses portes pour ceux qui désirent les rejoindre. La seule condition? Avoir la volonté évidente et assez forte de faire bouger la culture malgache (et une bonne condition physique serait un atout… tenir 12 jours de rush n’est pas vraiment facile).

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DagoTeamZara en plein travail

Une autre question qui sera surement sur vos lèvres : combien avons-nous gagné ? La satisfaction… juste la satisfaction immense de pouvoir se lever et dire « personne ne se souciait de nous… mais nous l’avons fait »… C’est beau hein? ^^  … Non, plus sérieusement, les seuls revenus de Dago festival sont résumés dans une grosse boîte à dons que nous faisons circuler lors des concerts. Le collectif va garder ce système de dons pour la première édition en lançant une collecte sur des plateformes de crowdfunding. Le mécénat est encore possible à notre époque.

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Le groupe Regassy, pour le dernier morceau du festival, à Antaninarenina

Alors tenez-vous prêts pour la première édition qui sera annoncée plus tard. En attendant, la page fb du collectif est toujours en activité et présente régulièrement des news sur la culture malgache.
Vous y trouverez aussi des photos et des extraits de concerts.

Sur le net, les hashtags que nous utilisons régulièrement sont #teamzarAho #MandrayNyAndraikitroAho #dagofestival

Sinon, venez sur ma chaîne youtube. (Par contre, excusez du peu de contenu pour le moment, l’upload des vidéos est une vraie galère avec la connexion).

Une réflexion au sujet de « DAGO FESTIVAL: un festival engagé! »

  1. Félicitations au collectif pour cette ébauche d’actions qui ont manifestement démontré un bon début dans tous ses aspects et qui continueront (je l’espère et j’y crois) à en faire de mieux pour la culture malgache, pour le peuple et pour toute la nation.
    Vue l’immensité et le nombre d’obstacles à faire face, admettons-le avec les quelques difficultés citées ci-dessus, mais qui ne vont sûrement pas vous empêcher d’intervenir et par là-même vous y inspirez votre volonté d’agir, je vous souhaite plein de courage! Et que le succès soit à votre portée comme ce que vous êtes sur le point de gravir au stade actuel, et bien plus encore.
    Longue vie au #DagoTeamZara !
    Bonne vie à la culture malgache !

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