RFC11 – Compétition officielle catégorie « fiction »

rfc11EXT – AVENUE DE L’INDÉPENDANCE – NUIT

Chauffeur de taxi 01
Il y a un concert ? Un artiste étranger ?

Chauffeur de taxi 02
C’est le beau gosse guitariste là ? Il est encore ici ?

Chauffeur de taxi 03
Non les gars, il y a un film.

Chauffeur de taxi 02
Film malgache ?

Chauffeur de taxi 03
Je ne sais pas. Mais les filles que je viens de ramener ont parlé de cinéma à l’IFM.

Chauffeur de taxi 01
Et ça se termine à quelle heure ? Je vais surement rentrer tard dans ce cas.


 

Chaque année, aux alentours de mi-avril, il y a une effervescence particulière devant l’Institut Français de Madagascar. Cette année encore plus que d’habitude: Les rencontres du film court passent un nouveau cap.

Suite des efforts des années précédentes dans le monde du cinéma à Madagascar, on peut maintenant se dire que le pays à une production cinématographique riche et diversifiée. Bien sûr, on parle ici du niveau artistique et non financier.

L’animation a fait un saut en avant avec l’association « Animanakao ». « Wrong Connection » laisse miroiter un bel avenir pour les films d’action malagasy … Bref on est dans la cour des grands. Bien sûr, on parle ici du niveau artistique et non financier.

La catégorie fiction est un bel exemple de cet état. La production malgache fait un croche pied aux clichés qui nous ont pris en otage depuis bien trop longtemps. Aux comédies (voulues ou non) et soap opéra viennent maintenant s’ajouter l’action pur, le drame, l’expérimental … On en voit de tout. Ce qui, à la base, est quand même le vrai but d’un festival de court métrage pour nous les spectateurs. Découvrir, aimer, détester … un festival est aussi la rencontre de plusieurs sentiments.


12717170_1730112800555292_3164816307344809_nJIRAMATY

Un film de Johana RASOANINDRAINY

Antananarivo, une soirée d’été comme beaucoup d’autres : il pleut, il tonne, il faut sortir les bougies tellement l’obscurité est plus fiable que l’électricité. Dans le noir, si certains s’efforcent de marcher droit, d’autres, au contraire, en profitent pour faire ce qui ne peut être fait à la lumière du jour. Quand personne n’y voit rien, tous peuvent errer…

Jiramaty est une expérimentation poétique … je n’ai pas trouvé de termes plus juste que celle-là. D’une part nous avons un scénario simple. Vraiment très simple … peut être même trop simple en fin de compte.

La mise en scène est clairement le noyau central du film. Entre les jeux d’ombres, les prises de vues « caméra cachées » et les interventions slam … on sent tout de suite que ce n’est pas sur le scénario que notre attention est le plus sollicité. On suit toujours l’histoire en filigrane mais l’impact de la mise en scène est tellement important que c’est dans un état de contemplation qu’on passe ces 13 min.

Bonne ou mauvaise chose? L’expérimentation fonctionne mais elle n’est pas poussée à ses limites. On sent donc une grande frustration car le film ne marque pas vraiment sa position: grand public ou expérimental?

J’adore ce genre d’œuvre, vraiment. Mais plus sur un support autre que le cinéma. Performance scénique peut être? Il y a un mélange de genre qui est mal exploité et qui, du coup, ne sert pas vraiment l’intention de réalisation qu’on sent vraiment ambitieuse.

Trailer


12743955_1730112700555302_8218683607366351676_nJ’AI UN BOULOT POUR TOI

Un film de « Nanté » Nantenaina RANDRIANANTOANDRO

Bobby est un jeune homme très travailleur. Son secteur? le plus vieux métier du monde. Et dans son boulot, le garçon croise des personnes toutes aussi colorées les unes que les autres. 

Le film de Nanté est l’exemple le plus concret de ces films qui bousculent les mœurs. Cette approche est efficace dans le fond. Par contre la forme ne sert pas vraiment l’intention. Présenter un sujet aussi délicat que l’homosexualité et la prostitution dans une société traditionaliste (synonyme d’hypocrites diront certains) est un exercice très difficile. Et un film de ce genre ne doit pas laisser des erreurs visibles car ce seront des points faibles beaucoup trop apparents.

Le choix de l’image noir et blanc, avec des textures rugueuses et des prises de vues à main levée place le film dans un format underground. Ce qui rentre en contradiction avec l’intention de départ qui est, visiblement, de sortir ce thème de l’underground. Mais là où la garde du film est vraiment baissée c’est sur les prises de vues mêmes. Certaines règles élémentaires sont oubliées. Le passage de la ligne de 180° est trop évident.

L’ajout de la touche comique est aussi un élément qui fait sortir le film de sa crédibilité. Un ton plus sérieux, une plus grande application sur l’image et une rectification du rythme du scénario aurait vraiment fait de ce film un bon film. Là il reste juste un film provocateur.

Trailer


10626639_1730112940555278_7752890184083014061_nTOUT COMME

Un film de Ny Voaara RAKOTOARISOA

Père de famille ordinaire avec une vie normale jusqu’au jour où il a subi un changement de comportement brusque inattendu. D’un père exemplaire à un père assassin … 

On ouvre sur un magnifique plan de poursuite dans la forêt. Lumière maîtrisée, étalonnage satisfaisant, tension dramatique présent … ça s’annonce vraiment pas mal. Et puis … tout s’enchaîne à une vitesse folle. Pas dans les actions mais dans le montage et la construction du scénario.

Si le jeu des acteurs passe bien, la durée de 6min ne suffit définitivement pas. La durée de l’histoire est assez étendue (sur plusieurs jours). Il y a un petit soupçon de film choral. Pas mal de flashback … tous ces partis-pris font appel à un développement d’histoire plus long.

Et même si techniquement le film tient plutôt bien ses promesses (quelque balance de blancs qui détonnent sur l’ambiance générale), le développement du personnage principal n’est pas complet. Il passe du bon au méchant sans qu’on sache vraiment pourquoi.

La tension dramatique de ce personnage est réduite à une photo. Une photo qui n’est pas assez forte comparée à ce changement. Un choix de scénario qui place le film en tant que bande annonce et non en film complet.

6min ce n’était assez que pour entrevoir le potentiel technique du film. Le scénario, par contre, en souffre beaucoup.

Trailer


12371254_1730112760555296_5377425681019119875_oJE VEUX FAIRE UN FILM

Un film de Nathaniela RANDRIANOMEARISOA

Un amateur de cinéma manque de moyens et de financements. Sa quête d’invention débouche sur une curieuse découverte : la perception des enfants de ce qu’est le cinéma. Réussira-t-il à trouver d’autres idées.

Après avoir vu le trailer … on se dit: « WTF? Encore un genre de film pseudo expérimentale qui cache son manque de moyens par une approche amateur maladroite »

Oui mais voilà … quelques secondes du film suffisent à briser ces clichés. L’aspect amateur/main levée/images brutes est ici tout à fait adapté.

Le scénario qui paraît simple et écrit à la va-vite est pourtant très bien structuré. Une introduction simple, un développement avec une tension graduée et un twist surprenant: voilà une recette d’écriture infaillible. L’humour du film est bien dosé. A la limite du burlesque et de l’humour plus intellectuelle. joli cocktail.

Et quand on ajoute le « jeu » des comédiens qui sont au plus près du réel … on obtient un film touchant et sincère.

Un film parfait? Non du tout. Mais un film qui plaît, oui. Cette approche présente quand même des limites qu’on atteint facilement et qu’on ne peut pas réellement dépasser. Ce film est bien pour ce qu’il est mais il ne sera jamais plus que ça.

Trailer


12744322_1730112877221951_281751329517780545_nNIRIN

Un film de Josua HOTZ

Nirin a 6 ans. C’est la première fois qu’il sort de son petit village natal à Madagascar.
Accompagné de sa maman et de ses deux petits frères, ils traversent le pays à bord d’un taxi-brousse.

Le générique annonce la couleur: ECAL. Un mot qui rassure sur la qualité visuel du film.

Intéressant que ce film passe juste après le « zéro budget » de Nathaniela. Ici nous avons un film réalisé dans les vraies normes cinématographiques (équipe de tournage complète, développement complet … ). Côté technique donc il n’y a vraiment rien à redire. La photographie est parfaite. Le son bien maîtrisé. L’étalonnage très concluant …  Non vraiment rien à redire. Tout est parfait.

Sur le plan du scénario il y a quand même une bonne longueur dans le début du film. Longueur qu’on sent académique. D’ailleurs tout le reste du scénario transpire l’académisme. La tension dramatique monte lentement pour arriver à une révélation bien chargée en émotion.

L’histoire est belle, elle fonctionne … elle se suit sans grande difficulté … Et c’est là le problème. Trop lisse et trop académique.

Trailer


12733652_1730112823888623_2256937211481149882_nMAUX D’ELLES

Un film de Houssen FIROZA

L’histoire de deux jeunes femmes, l’une qui s’accroche à son passé et l’autre qui fait ce qu’elle peut pour s’en débarrasser. Une solution pour passer outre s’offre à l’une d’elle, leurs destins se croisent plus ou moins.

On termine sur une révélation. Elle n’en est pas à son premier film. Je dirais juste qu’elle en est à son premier film vraiment à elle.

Le premier constat qu’on fait c’est la direction d’acteur qui est tout simplement sublime. Les actrices présentent un jeu sobre, simple et percutant. Les émotions passent par l’image et les gestes (croche pied à la tendance explicative des scènes par des dialogues).

Une telle richesse d’interprétation s’appuie aussi sur des dialogues bien dosés. Ici, pas ou peu de fausses notes. Un mot pour une séquence. Jamais de long discours qui risquent d’alourdir le film et envenimer le jeu des acteurs.
Sur ce point … c’est vraiment une très belle surprise.

Mais cette force de présence des actrices entraîne paradoxalement aussi un autre problème: les autres personnages ne sont pas mémorables. L’approche film chorale requiert pourtant un développement des personnages assez poussé. Ici on se perd un peu entre les autres. Et du coup on perd aussi le fil de l’histoire. Le synopsis ne sert finalement pas à grand-chose car le scénario, trop excité à présenter ses personnages peut être, oublie de présenter une structure bien lisible.

J’ai ressenti sur ce film la même impression que sur  » l’échine du diable  » de Del toro: il y a un gros truc qui va venir après et ce sera un chef d’oeuvre.

Trailer

3 réflexions au sujet de « RFC11 – Compétition officielle catégorie « fiction » »

  1. Merci infiniment Deckaps pour ce feedback🙂 C’est spécifique et éclairé et ça va nous aider à faire mieux la prochaine fois. Johana

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