concerto en re mineur dans les rues de Tana

Depuis maintenant quelques semaines, on voit ces jeunes hommes et jeunes femmes habillés en pantalon bleue et T-shirt blanc bien propre à chaque coins des rues de la capitale. Mais qui sont-ils? Que font-ils? Et pourquoi diable ont-ils des sifflets?

Eh bien ces hommes et femmes, qui appartiennent maintenant à notre paysage urbain, sont des stagiaires de la police. Encore tout frais, les voilà jetés dans la jungle urbaine d’Antananarivo pour dompter les « vieux » automobilistes qui résistent encore et toujours au code de la route. La ville qui comptabilise zéro feu tricolore et 10.000 infractions quotidiennes avait bien besoin d’un peu d’ordre.
Les agents de la circulation avaient déjà essayé, tant bien que mal. Une unité spéciale a même été créée pour régulariser les arrêts des taxi-be. Certains axes ont été réaménagés pour fluidifier le trafic … Mais toujours la même histoire. Des embouteillages à longueur de journée, des  scooters qui vous klaxonnent agressivement si vous ne vous poussez pas pour les laisser passer … sur le trottoir.
Bref, circuler dans tana peut être un véritable enfer avec la perpétuelle tentation d’insulter chaque personne qu’on croise.

Voilà donc la tâche de ces stagiaires. Mais, est-ce parce qu’ils sont encore stagiaires? Ou bien est-ce le système en entier qui ne fonctionne pas? Parce que ces super-héros de la circulation s’avèrent aussi efficaces qu’une ligne blanche continue au beau milieu de la campagne.

« Le gros bordel » … voilà la définition qui revient souvent quand on parle de ces stagiaires. Ils seraient évidemment bien plus efficaces s’ils étaient postés à des endroits stratégiques et non à des endroits où on ne trouve pas la moindre intersection. Ils seraient aussi bien plus efficaces s’ils n’étaient pas postés là par groupe de 4 et plus. 4 agents pour un tronçon de route, n’est-ce pas un peu trop? Bon, peut-être que l’un fait le feu vert, l’autre l’orange, le troisième le feu rouge … mais le quatrième? Il fait le poteau?

Et puis quelle idée aussi de leur avoir donné un sifflet à chacun . Leurs ordres deviennent vite l’attraction des automobilistes et passants. Et, bien que le son strident qu’ils émettent est assez violent pour les oreilles, on ne peut s’empêcher d’esquisser un petit sourire sincère en les voyant jouer à « qui sifflera le plus fort ».

Par contre, depuis quelques jours on a constaté une nette progression. Ils sont maintenant répartis en groupe de 2 à des endroits bien stratégiques et ô joie, ô bonheur, semblent avoir un quota limité de coups de sifflet. C’est bien, c’est mieux … mais pas encore assez. Il n’est pas rare de voir un stagiaire bloquer une voie pour laisser passer des voitures invisibles. Ou de voir les deux stagiaires qui ne se mettent pas d’accord sur la voie à stopper, entraînant un adorable compromis quand ils se rendent compte qu’ils ont laissé passer les deux voies en même temps. On constate aussi que des embouteillages apparaissent mystérieusement sur des tronçons qui étaient jusque là épargnés…

Résultats: « peut mieux faire ».

Mais même si ces agents stagiaires sont motivés (je dois quand même avouer que leur motivation est tellement beau que j’aimerais y croire, à la réussite de ce programme), ils devraient vraiment s’appeler Supercirculationman pour trouver la bonne organisation dans ces rues qui défient parfois toutes les règles pratiques de l’urbanisme (ceux qui empruntent régulièrement le tronçon Ambohijatovo-Analakely en savent quelque chose …)

Donc, ne pestons pas contre ces stagiaires qui font ce qu’ils peuvent dans une ville où la loi du plus fort s’impose (et les « taxi-be » sont trèèèès forts). Où l’idée d’un feu tricolore ne semble vraiment pas viable à cause des dégradations trop rapide qu’ils subissent (Ah ça, pour détruire ce qu’ils possèdent, les malgaches sont trèèèès forts). Où les travaux fantaisistes effectués ou programmés dans la ville ont une utilité et une efficacité discutable (on l’attend toujours notre métro hein. Et maintenant aussi notre voie suspendue …)

D’une part, il y a ces usagers qui ne trouvent plus l’utilité du code de la route et du bon respect de l’espace urbain (pour le coup, je mets dans le même sac les taxi-be, automobilistes, scooters et marchands de rue). Et d’autre part il y a les politiciens et décideurs qui n’arrivent toujours pas à tenir tête contre ce désordre qui pénalise beaucoup la vie des tananariviens actifs.

Pourtant, si on se réfère aux promesses de changements, au trac de ces futurs automobilistes qui passent l’examen du code de conduite … alors en théorie Antananarivo est une ville sans problème. En attendant, Antananarivo est une ville qui accumule les problèmes sans pouvoir trouver de solution.
Donc « Go stagiaires, go! ». Et ne tenez pas compte des diverses critiques que vous entendrez sûrement à chaque coin de rue. Dites-leurs juste: « si nous sommes là c’est que vous n’êtes pas capable de bien vous comporter ». De toute façon, quand on est au fond du trou on ne peut que remonter (sauf si certains s’emploient à creuser encore et toujours).

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