Le paris huppé dans un Tana en crise

« Un succès »… tel est l’adjectif relayé après le passage des danseurs du Paris Moulin Folies vendredi dernier (21 oct 2011) au Centre de Conférences International d’Ivato.

Une semaine avant cet évènement, une pub circulait déjà sur nos chaînes TV. Passons sur le caractère brut de la pub pour ne nous attarder que sur cette ligne : « Uniquement sur réservation ». Le ton est donné, ce sera un évènement sélectif. Soit ! Ça ne rebute pas encore les ménages qui, ayant en tête cette idée du french cancan vu dans de nombreux films de western ou dans des épisodes de Lucky Luke, gardent encore l’espoir de pouvoir admirer cette danse venue d’une culture géographiquement éloignée.

D’autant plus que le nom « Moulin Rouge » est avancé. Lieu mythique du glamour chic parisien, rendez-vous nocturne d’un public huppé, symbole du pouvoir de séduction féminine …

L’évènement est exceptionnel, c’est vrai, et on s’y laisserait bien tenter, coquins que nous sommes, pour admirer ces belles gambettes assorties d’une jupe colorée et d’un string intriguant. Mais voilà, cette envie restera à l’état de fantasme quand on apprend le prix de cette escapade culturelle : 200.000 Ar ! Soit 1 million de francs…

1 million de francs malgache !!! Ils ne savent peut être pas qu’ici nous ne fonctionnons pas en euro. 1 million de francs malgache ferait vivre une famille pendant un mois.

Le prix peut se défendre par la valeur exceptionnelle du label « Moulin rouge ». Mais pourquoi diable avoir diffusé la pub sur les chaînes de TV? Au vu des centaines de milliers de téléspectateurs malgaches qui se battent encore et toujours contre l’envahisseur la crise ? Bien sûr, le prix de la réservation n’était pas communiqué dans l’annonce. Mais c’est sans compter sur ce mode de diffusion viral de l’information bien cher aux malgaches: le « bouche à oreille » . Le prix filtre assez vite, d’autant plus que là c’est un prix qui mérite de filtrer, tellement c’est irréel.

Personnellement, je trouve que c’est un véritable coup bas. Ça me rappelle ces genres de fêtes au lycée, organisées par la bande célèbre de la classe et auxquelles tu n’avais aucune chance d’être invité, toi, pauvre petit garçon qui a su rester simple, croyant bien faire… Et pourtant tous vivaient dans la même classe.
En ces temps là, c’était une question de mentalité. Mais ici, c’est une question d’argent. Vous êtes en crise, n’est-ce pas ? Ben nous aussi, sauf que nous, nous pouvons encore nous payer un billet à 1 million et manger confortablement jusqu’à la fin du mois.

Ont-ils vraiment eu besoin de publicité ? Pour une réservation à 1 millions fmg je pense que la liste VIP est déjà bloquée. Plus la peine de chercher d’autres cibles. Peut-être était-ce pour rendre service aux partenaires et sponsors. Enfin… je l’espère. C’est la seule excuse qui me semble acceptable pour éviter la balle fulgurante qu’est l’hypocrisie. Cette sphère qui se donne corps et âme (bande originale de ce passage: Parole, Parole de Dalida) pour sortir Madagascar de la crise se paye le luxe d’assister à un spectacle d’une telle valeur et n’ayant aucun rapport avec Madagascar.

Ne vous y trompez pas, je ne condamne pas l’évènement en lui même. Juste sa médiatisation. Paris huppé viens chez nous. Et alors ? Ca ne me concerne pas. Et ça ne concerne pas les centaines de milliers d’autres téléspectateurs qui ne peuvent que s’étonner du prix, à défaut de le payer.

Alors, très chère sphère inviolable, faites vos petites soirées entre vous. refaites même Eyes Wide Shut si ça vous chante, mais ne venez pas nous étaler vos goûts de luxe parce que ça creuse encore plus le fossé qu’il y a entre vous, assis devant un spectacle parisien, et nous contemplant la misère quotidienne.

J’ai surtout mal pour la culture qui tend à devenir de plus en plus inaccessible. Un spectacle à 1 Million fmg par-ci, une projection ciné à 500.000 fmg  par là … sans compter les évènements qui deviennent élitistes malgré eux. La faute à une certaine considération du luxe qui n’est pas en rapport avec notre vie actuelle. Et à ce rythme là, ce n’est pas près de s’arranger. Bientôt l’art et la culture deviendront des produits seulement vendus en supermarché, ou pire … en sous-douane, et auront une image de rêve inaccessible.

Quand ce jour viendra, on en fera quoi de la phrase « la culture pour tous » ? On la jette à la poubelle? Moi qui espérais que mes enfants et petits enfants puissent encore l’entendre… c’est mal parti.

2 réflexions au sujet de « Le paris huppé dans un Tana en crise »

  1. Comme disait une amie sur FB: C’est trop « scandaleux »…  » avec le nombre incalculable de malgaches qui ne mangent plus, l’Etat se permet de faire ce genre de connerie. »
    200.000Ar pour voir des « vaza fotsy b matsatso en soutif et slip à paillettes », « trop ridicule ». LOL

  2. Anyway, je suis prêt à payer « 200.000Ar pour voir des fesses se trémousser » devant mon nez si les danseuses porte le nom de Nicole Kidman, Jessica Alba, Jennifer Garner ou Salma Hayek LOL

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