Ony Soa RATSIFANDRIHAMANANA: Interview d’une jeune auteur.

Ony Soa RATSIFANDRIHAMANANA. Voilà un nom qu’on espère retrouver plus tard (le plus tôt possible) sur les étals des libraires. Cette jeune malgache de 19 ans, issue d’une famille amoureuse de littérature, vient en effet de remporter le 28° Prix Jeune Ecrivain de langue française, section francophone.

« Cher Peter », voilà le titre de la nouvelle qui va donc l’accompagner à Paris, à Muret, en mars 2013 pour la remise des prix ainsi que pour le salon du livre. En attendant, c’est avec passion qu’elle a accepté de jouer le jeu de l’interview.

Bonjour Ony, est-ce que tu peux te présenter en quelques mots?
Bonjour, Je m’appelle Ony Soa Ratsifandrihamanana, j’ai 19 ans et j’écris. Il y a deux semaines, j’ai appris que je faisais partie des treize lauréats pour la 28eme édition du Prix du Jeune Ecrivain de Langue Française.

Raconte nous comment t’es venue l’idée de participer à ce concours.
Je voulais juste participer à un concours, de préférence international. Le Prix du Jeune Ecrivain de Langue Française (PJELF) est le premier concours que m’ait proposé Google. Le Prix proposait des fiches de lecture pour chaque participant, un jury de grands écrivains et la gratuité totale pour les participants non français. Je n’ai pas cherché plus loin.

Tu peux nous décrire ton style d’écriture? Le style d’histoire que tu aimes?
En ce qui concerne le style de l’écriture, je tâtonne peut-être encore un peu. Il m’est beaucoup plus facile d’écrire à la première personne, bien que ce ne soit pas toujours facile de tisser une intrigue avec un « je »(enfermé dans un unique point de vue).
Je suis férue de ce qu’on appelle « littératures de l’imaginaire »: la Science-fiction, la fantasy et le fantastique, avec une nette préférence pour la Fantasy.

Qui sont les écrivains que tu admire le plus dans la littérature?
Mon idole incontestée en littérature, c’est Neil Gaiman, auteur entre autres, de Coraline, Star Dust, Americain Gods et j’en passe. C’est un écrivain spécialisé dans un fantastique noir et enfantin, aussi merveilleux que terrifiant. Plus qu’un écrivain, c’est un exceptionnel conteur d’histoires, et c’est ça le plus important : l’histoire, pas la prose.

J’aime également beaucoup Carlos Ruiz Zafon, ambassadeur du gothique espagnol, qui a écris des chefs d’œuvres tels que L’Ombre du Vent ou le troublant Le Jeu de l’Ange : des récits initiatiques aussi et fantastiques, teintés d’émois et de cette délicieuse dose d’effroi qui fait qu’on ne lâche rien, même si le texte fait 600 pages.

Enfin, je suis une grande fan de Scott Westerfeld (Uglies, Midnigthers, Leviathan), maître américain du steampunk, dont les livres se dévorent comme des films d’action tout en gardant une troublante intelligence. Je me contenterai de citer ces trois-là (si, d’aventure, je me laissai aller à continuer, vous n’en verriez jamais le bout…)

Et quel est le livre que tu as le plus détesté?
Le livre que j’ai le plus détesté… Je ne l’ai pas encore lu. Je choisis toujours mes livres avec un soin que quiconque ayant eu le malheur d’en acheter ou d’en choisir avec moi pourraient qualifier d’obsessionnel (je peux mettre des heures à choisir entre deux romans qui me plaisent).
Je sais cependant déjà que je HAIS la bit-lit (cette nouvelle forme de littérature, romantico-fantastique, surfant sur la vague inépuisable de Twilight).

Est-ce la première fois que tes écrits rencontrent un large public? Et comment te sens-tu face à cela?
C’est la première fois qu’un de mes textes sera édité, oui. Pour moi, c’est comme un rêve qui se réalise. Et comme toute bonne chose, ca vient avec une petite pointe d’appréhension ou d’inquiétude en ce qui concerne « l’après » mais rien de terrible.

Qu’est ce que tu attends de ce prix que tu viens de gagner?
Ce prix, c’est une porte qui s’ouvre. Elle s’ouvre sur le monde de l’édition, ou naissent et meurent les vrais auteurs. Le PJELF a déjà révélé 52 auteurs, j’espère suivre leur trace et m’engager bientôt vers mon premier roman. Le premier roman, c’est ca le vrai début. Le prix, quelque prestigieux qu’il fut, est un prélude.

Qu’est ce qui a changé dans ton quotidien depuis l’annonce de ce prix?
Pas grand-chose. Outre le fait d’apparaître dans le journal et de se faire féliciter, en d’autres termes d’être un peu reconnue en tant qu’écrivain.


Après cette belle aventure, penses-tu continuer dans la littérature, ou choisir un tout autre domaine?

J’ai l’intention de continuer à écrire. Aussi longtemps que je le pourrais, éditée ou non.

Et quel est ton rêve?
Vivre de ma plume et savoir mes écrits appréciés.

L’envie d’écrire était en toi depuis toujours? ou est-ce que tu as découvert cette passion depuis peu?
J’ai commencé à inventer des histoires avant même de savoir tenir un crayon. J’écris depuis que j’avais huit ans. Avant ça, je dessinais de petites BD. Et avant les BD, je faisais subir toutes sortes d’aventures kafkaïennes à mes Barbies, les tous premiers personnages nés de mon imagination.

Est-ce que tu peux nous décrire comment se passe la rédaction de tes histoires? comment tu entretient l’inspiration? J’entends souvent des anecdotes sur des écrivains célèbres qui ont leur rituels pendant la rédaction de leurs oeuvres.
Ma devise: battre le fer tant qu’il est chaud… et tout effacer après, parce que le premier jet est soit parfait soit pourri, mais il est plus souvent pourri. Je n’ai pas vraiment de rituel pour écrire: lorsque j’en ressens l’envie, j’écris, mais parfois je m’impose des quotas, par exemple « Remplis au moins trois pages aujourd’hui ».
Sinon, lorsque j’ai du mal a démarrer (le début d’une histoire est toujours le plus difficile), je lis le premier paragraphe du Troll sous le Pont, une nouvelle de Neil Gaiman: rien de tel pour retrouver l’inspiration et réentendre la voix intérieure du narrateur.

Personnellement, je trouve l’inspiration dans les livres, les films, les photos… Un peu partout. C’est difficile à expliquer. L’inspiration est, pourrait-on dire, une maitresse capricieuse: elle vient lorsque cela lui chante et repars sans prévenir. Ce qui fait que, souvent, on fait sans, et c’est là que commence le vrai travail d’écriture.

Selon toi, quel est le plus dur dans l’élaboration d’une histoire?
Pour moi, le plus difficile reste l’histoire en elle-même, l’intrigue, la façon dont les événements s’enchainent. Il y a aussi le fait de trouver la bonne voix, le bon ton: une même histoire peut être racontée de mille façons. Et comme je l’ai déjà dit, le plus dur, surtout en ce qui concerne le roman, c’est de commencer et de résister à l’appel de la touche « Effacer » qui semble vous dire « Recommence, c’est trop mauvais ».

Et quelles sont les capacités à avoir pour se lancer dans ce domaine?
Je ne saurais vraiment dire quelles sont les qualités nécessaires pour écrire. Je pense qu’il suffit d’avoir envie et de s’accrocher (et d’avoir un minimum de sens de l’observation et d’imagination).

Un débat plus général: est-ce que tu crois que la littérature se porte bien en ce moment? Face aux autres domaine comme le cinéma par exemple.
Je pense que la littérature se porte même très bien. Au-delà du fait qu’une myriade de livres, surtout destinés aux adolescents et aux YA (dont la qualité, pour certains, me laisse perplexe), sortent en masse et s’écoulent par milliers, on peut aujourd’hui rencontrer de nouveaux romans très intelligents, surtout en ce qui concerne l’anticipation. Je citerai entre autres les incontournables Hunger Games, mais aussi des livres tels que Carbon Diaries, Starters, la Selection, La Fille Automate, qui s’alignent dans le sillage de Farenheit 451 et Le Meilleur des Mondes: il s’agit là de montrer un futur effrayant mais probable pour faire réfléchir sur le présent.

La littérature, je pense, a évolue d’une écriture lyrique, psychologique, philosophique, on assiste aujourd’hui a l’explosion du roman entertainment. Et je pense que ce n’est pas plus mal.

Il y a une sorte de coopération entre la littérature et le cinéma, étant donné que de nombreux films sont des adaptations, sans qu’on s’en rende toujours compte. Certes, les livres ne se vendent pas aussi bien que les films, mais je trouve qu’il y a bien plus de fraicheur et d’idées dans la littérature que dans tout autre domaine aujourd’hui.

Est-ce que tu pense que le langage sms, très répandu de nos jours, soit une menace à la littérature?
Je ne pense pas. Une menace à la grammaire et à l’orthographe oui, mais pas nécessairement à la littérature. Ce peut être une forme comme une autre de narration. Mais le débat reste très partagé….

Penses-tu que la littérature touche encore la nouvelle génération?
Oui, elle touche encore beaucoup la nouvelle génération, bien que je déplore la catégorisation qui fait que certains livres sont réservés aux ados et d’autres aux adultes. Les meilleurs romans sont, et de loin, ceux qui touchent tout le monde.

Seulement, je pense qu’à Madagascar, en particulier, la lecture demeure un acte marginal et marginalisé.

Et dans le domaine du cinéma, quels sont les films que tu aimes?
Films? Hmmm… Le labyrinthe de Pan, Beginners, Poulet aux Prunes, The Fall, Lovely Bones, Le discours d’un Roi et absolument tous les films de Tim Burton et Guillermo Del Toro.
Et ce n’est pas encore du cinéma, mais je suis une grande fan des cartoons horrifiques de Katy Towell.

Tu viens d’une famille qui affectionne particulièrement la littérature ET le sport. Toi même, te sens-tu autant proche de la littérature que du sport?
Je ne surprendrai pas les membres de cette famille en affirmant que le sport et moi, et ce depuis toujours, ça fait deux. Je n’ai jamais eu la moindre affinité pour le sport, que je fuyais même à l’école. Si je le pratique, c’est uniquement parce qu’il faut bien rester en forme.

Un message à faire passer avant de clore cet interview?
Lisez. Je le jure, un livre n’est pas forcement synonyme d’ennui. Il suffit de chercher un peu et de se laisser emporter.

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5 réflexions au sujet de « Ony Soa RATSIFANDRIHAMANANA: Interview d’une jeune auteur. »

  1. Miarahaba e! mpamaky ny lahatsoratrao aho ary tokony ho liana saingy izao: marary ny masoko rehefa eny an-tenantenan-dahatsoratra aho satria tsy zakako ilay mainty ny tokotaniny ary fotsy ny soratra ka mahajambena… Raha azo atao dia mba ovao endrika hafa ny tokotany e!

    Aza tsiny

  2. mahaliana sy mahavelombolo tokoa ^^ indraindray manko alaim-panahy hihevitra hoe nanadino boky amam-bakiteny ny tanora ankehitrio, mahafinaritra (y)

    P.S: « L’Ombre du Vent », mbola azoko sary an-tsaina ilay « sigara » fohan’izay zalahy izay… ilay tovovavikely jamba moa manginy fotsiny ; nandratra ny fo… hafa kely ilay tantara…

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