Maintenant je suis un grand garçon. Part 2

Rija traverse les rues grises de la ville tel un automate à qui on vient d’indiquer une destination précise. Ni les vrombissements incessants des voitures, ni les suppliques insistantes d’un sans-abri, ni les appels perçants d’un marchand de journaux n’arrivent à le distraire. Il a une mission et il compte bien l’accomplir. Seulement voilà, ce soldat, trimballant avec peine son sac à dos, est plus envahi par la peur que par le courage et la volonté. Il commence à maudire cette chose qu’on appelle la fierté masculine.

Pourquoi a-t-il fallu qu’il fasse ce pari ? Pourquoi le sexe devait-il être un critère de la maturité ? Pourquoi a-t-il pensé à ça ? C’est vrai que l’idée d’avoir un rapport sexuel avec une fille l’obsédait depuis quelques mois, mais pourquoi avoir précipité les choses ainsi ? Était-ce parce qu’il se sentirait minable d’être le seul garçon de sa classe encore puceau ? Ou bien pour l’argent qu’il a misé sur lui-même ? Ou encore parce qu’il en a tout simplement envie ? Trop de questions, mais aucune réponse… Et à vrai dire, il n’avait même pas tellement envie de le faire. C’est juste que… il a dit qu’il allait le faire et voilà, il est au pied du mur. Maintenant, faire marche arrière serait encore plus embarrassant pour lui que de s’afficher publiquement comme étant le seul puceau de sa classe.

13h 50. L’heure de son rendez-vous approche rapidement. Trop rapidement. Rija se dirige vers un banc assez éloigné du trottoir. Il faut qu’il se concentre sur… sa mission. Il s’assoit, pose son sac sur le banc et sort un paquet de cigarettes tout fripé de sa poche. Il en sort une et la pose entre ses lèvres toutes tremblantes. Tout en baladant son regard autour de lui, il tâtonne dans ses poches pour trouver le briquet. Briquet qui restera introuvable, sûrement oublié dans son tiroir, bien caché sous ses livres de philosophie. Il remet donc la cigarette dans son paquet, la range dans sa poche et saisit son sac à dos. Il s’assure qu’aucun regard indiscret ne se tourne vers lui avant de sortir son fameux livre de chevet, camouflé dans un classeur. Il ouvre le livre, et donc le classeur, et saute directement au chapitre «après les préliminaires».

À peine eut-il le temps de lire le paragraphe sur la bonne méthode de mettre un préservatif que l’alarme de son téléphone sonne. 14h. ça y est, c’est l’heure. Il faut se conduire en Homme et affronter son destin. Il se lève, fouille dans ses poches et sort un bout de papier déchiré dans le journal : « F mariée, 45 ans, cherche JH -25 ans pr relation discrète, courte ms intense. Peut recevoir. » Il retourne le papier pour relire l’adresse que Ranto, le seul qui a parié sur lui, avait soigneusement marquée au dos de l’annonce. Rija promène ses yeux de la feuille vers un grand bâtiment situé en face de lui, de l’autre côté de la rue. Aucun doute, c’est bien ici.

Il avance d’un pas décidé vers le bâtiment. Plus de peur, plus de doute. Il se convainc d’être un vrai mercenaire qui va remplir sa mission. N’ayant peur de personne et ne redoutant pas les sacrifices et l’effort physique surhumain qu’il faut surmonter. Oui, dans sa tête il est Rambo, allant botter le cul à tous ces méchants qui se moquent de lui. En vrai Homme, il s’avance vers la porte de l’immeuble, en vrai Homme il s’apprête à appuyer sur la sonnette. Mais Rambo doit d’abord attendre que la vieille dame dans le couloir finisse de ramasser son courrier. Il s’écarte donc de l’interphone et fait mine de refaire ses lacets. Il fallait d’abord les défaire en fait, car cette vieille dame n’était pas dans ses plans, ce qui le contraint à improviser.

Quelques nœuds plus tard, un regard discret par-dessus l’épaule lui confirme que la dame est enfin remontée chez elle. Il se relève rapidement et appuie sur l’interphone avant qu’un autre contre temps ne montre le bout de son nez. C’est dans un bruit électrique assourdissant qu’une voix lui parvient.
- Oui ?
« Oui ? » … quelle drôle de question. Qu’est ce qu’il fallait répondre à ça ? Rija bégaye, mais ne trouve rien à dire.
- Qui est là ?
Voilà au moins une question auquel on pouvait répondre.
- Euh … c’est Rija.
Le silence qui suit lui fait penser qu’il n’a pas donné les bonnes informations pour sa présentation.
- C’est Ranto qui m’a donné votre adresse.
- Ah ! Tu es l’ami de Ranto. Monte, c’est au troisième.

Un petit clic, un grand Bzzzzz et la porte s’ouvre…

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